Claude Masse, ingénieur et géographe du roi Louis XIV, a étudié toutes les communes de la côte et des Iles. En parcourant l’Aunis et la Saintonge dans le cadre des ses activités cartographiques il a donné dans un mémoire daté de 1712 la physionomie générale du pays tant sur le plan économique, religieux ou social. Il brosse un portrait sans concession du caractère des saintongeais.
Il n’y a point dans le royaume de province plus peuplée que ce pays. On prétend que les coquillages, qui aident beaucoup à la subsistance des habitants, contribuent à la génération. Aussi voit-on dans les villages des îles et le long des côtes d’Aunis et de Saintonge des fourmilières d’enfants. Les habitants n’ont point de défauts capitaux, mais sont assez peu laborieux, surtout ceux voisins de la mer. Le sang y est assez beau dans les deux sexes. La noblesse n’est pas très nombreuse. Il y a peu de maisons distinguées et presque point de châteaux mais quantité de maisons bourgeoises. Les paysans sont mauvais travailleurs et assez bons dans les milices, surtout ceux des îles quand ils sont disciplinés. Ils sont aisés et communément logés. Leurs maisons sont assez propres et assez bien meublées. Pour l’ordinaire, ils sont bien habillés presque tous d’étoffes ; ils aiment la bonne chère et se nourrissent bien. Il y en a très peu qui ne cueillent du vin et qui n’en gardent pour leur provision. Les manouvriers gagnent de grosses journées au prix de ceux des autres pays du Royaume, mais s’il n’y avait que les naturels du pays on serait bien embarrassé pour les récoltes et travaux extraordinaires car le peuple de ce pays ne travaille que par force. Les femmes y sont rustiques et plus robustes qu’ailleurs. Elles ont la réputation d’être fort méchantes, surtout dans les îles, mais elles sont plus laborieuses que les hommes. Elles partagent avec eux les plus durs travaux. Ce sont des femmes ou des filles qui conduisent les chaloupes au passage de la Seudre. Elles nagent aussi bien que les meilleurs matelots. Aussi sont-elles plus rustaudes et plus brutales que les hommes qui voguent sur la mer ; celui qui est amateur d’injures n’a qu’à les chagriner. Il y a dans ce pays un proverbe pour exprimer une méchante femme. On dit « Tête de La Rochelle et gueule de La Tremblade". Pour la religion, les peuples de ces contrées n’en sont pas très observateurs, soit anciens catholiques, soit protestants qu’on appelle nouveaux convertis. Ils se donnent facilement à la nouveauté comme en 1711, qu’un simple prêtre breton fit faire des manœuvres extraordinaires sous prétexte de piété. Aussi ne faut-il pas être surpris si Calvin établit si facilement sa doctrine dans ces régions. Il n’y a guère de peuple dans le royaume qui soit moins zélé au culte divin, du moins extérieurement ayant presque tous très peu de soins de leurs églises qui sont malpropres et des plus mal ornées peut-être du monde, quoique la plupart des curés en soient mortifiés et que les peuples soient aisés. Claude MASSE
La procession du 16 août 1711 à La Rochelle Dessin de Claude Masse - Bibliothèque Municipale de La Rochelle
Masse (Claude) 1652-1737, ingénieur géographe : Né à Combloux dans le duché de Savoie, recruté comme dessinateur par l’ingénieur François Ferry alors directeur des fortifications de Champagne et Picardie, il est remarqué par Louis XIV en 1677 lors du siège de Toul. Il suit François Ferry en 1679 à La Rochelle quand celui-ci est nommé directeur des fortifications en Aunis, Poitou, Saintonge, Guyenne, Navarre et Béarn et il y reste son collaborateur jusqu’à sa mort en 1701. Egalement remarquable cartographe, il travaille sous sa direction, à partir de 1688, à lever les cartes de l’océan en même temps qu’il est, pendant plus d’un quart de siècle, le « dessineur » des projets de fortification de Ferry, notamment à Bayonne ou Saint-Jean-Pied-de-Port. Il est ainsi l’auteur de nombreux atlas des côtes de l’Atlantique, des Flandres et du Hainaut. Nommé ingénieur ordinaire en 1702, à 51 ans, il travaille à La Rochelle, puis Lille et Mézières. Il est l’auteur d’un atlas des côtes de l’Atlantique. Il a deux enfants François-Félix, ingénieur en 1726, mort en 1757 et Claude-Félix, ingénieur en 1731 et géographe très connu, retiré en 1777.
Durant les dernières années du XVIIe siècle, quelques ingénieurs commencèrent à se spécialiser dans les relevés cartographiques et topographiques, concurremment aux relevés à très grande échelle qu’ils effectuaient lors de la construction ou de la modernisation des places fortes. Parmi eux se distinguèrent les Masse, le père Claude (1652-1737) puis ses deux fils, François-Félix, ingénieur en 1726, mort en 1757 et Claude-Félix, ingénieur en 1731, retiré en 1777, qui furent chargés à partir de 1688 du relevé des côtes de l’océan. Le corps des ingénieurs topographes militaires ne prit véritablement consistance qu’en 1777 sous Louis XV.
(Carte éditée en 1740)
( Croquis de l'entrée du Port du Château d'Oléron fin 17 éme siécle)
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